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lundi 2 avril 2018

Des châteaux en mouvement

Devant le titre de ce billet, peut-être pensez-vous déjà savoir de quoi il sera question aujourd’hui ; ce dont je me permets de douter fortement. Si vous me lisez régulièrement vous le savez probablement, j’essaye en général de poster des textes constructifs, pour faire connaître des choses pas forcément connues, y compris dans des domaines tout public.
Je suppose qu’à la lecture du titre, vous avez immédiatement imaginé ceci :

À moins que, lettré, vous n’ayez imaginé cela :

On va parler en effet un peu des deux aujourd’hui, mais pas que.

Parlons en premier lieu d’Hayao Miyazaki.
Gigantesque pilier de l’animation nippone, je dirais que mes deux films préférés parmi sa filmographie sont Porco Rosso et Le Château Ambulant, deux de ses films les plus “occidentaux” en quelque sorte.
Là-dessus, vous pensez certainement, si vous connaissez bien le bonhomme, que ses deux films les plus occidentaux sont Porco Rosso – situé en Italie – et Le Château dans le Ciel – qui utilise avec bonheur l’univers de Laputa, tiré de l’œuvre de Swift, s’inspire du robot du chef-d’œuvre français Le roi et l’oiseau (bien que Miyazaki n'aie jamais vu que la toute première version de ce film, décriée par son auteur, celle qui fut publiée aux États-Unis à la va-vite alors que le travail n'était pas achevé), et dont les mineurs sont inspirés d’une expérience que l’auteur a vécu lors d’un voyage au Royaume-Uni.

Et si je vous disais que Le Château Ambulant est bien plus occidental que ces deux films réunis ? Aviez-vous remarqué, notamment, que, par rapport aux autres films de Miyazaki, l’attribution des caractères aux personnages masculins et féminins est inversée ? Lorsque l’on regarde ces films, on peut croire à tort que Miyazaki est féministe. C’est on ne peut plus faux. Il a un point de vue simplement typiquement nippon, si j’ose dire, voulant que les garçons sont des rêveurs, qui doivent être recadrés par les filles et leur esprit pratique. C’est amusant, parce que dans le monde occidental, on aurait plutôt tendance à avoir le raisonnement inverse. Au final, Sophie et Hauru, les protagonistes du Château Ambulant, sont de toute façon l’antithèse des personnages que Miyazaki a pu élaborer dans ses autres films.
Et la raison en est très simple : Il s’agit de l’unique adaptation cinématographique d’un roman britannique. Aujourd’hui, j’aimerais non seulement vous parler du film et du roman, mais j’aimerais également évoquer les suites de ce roman, qui constituent avec celui-ci la Trilogie d’Ingary. Malheureusement, le troisième opus n’a pas bénéficié de la moindre VF, quant au second je me suis vu dans l’impossibilité de le lire en français. J’ai donc lu deux tiers de cette trilogie en anglais ; de ce fait je ne peux pas fournir des termes français officiels pour l’ensemble de l’œuvre, bien que quelques extraits glanés ça et là du second volume m'aient au moins donné un nom propre traduit.



En premier lieu, parlons du synopsis commun entre le film des studios Ghibli, et le premier opus de la trilogie, Le château de Hurle.
Dans un monde à mi-chemin entre la fantasy et le conte de fées, un monde où la magie existe sans que cela ne choque personne, Sophie Chapelier est l’aînée d’une famille qui tient une boutique de chapellerie. Dans sa ville, Halle-Neuve, on est terrifié par un château qui a la particularité de se déplacer dans les landes avoisinantes, mais ce qui terrifie par dessus-tout, c’est le propriétaire de ce château : Le magicien Hurle. Howl en VO, Hauru chez Miyazaki – Il est à ce titre assez dommage que la VF ait décidé d’ignorer totalement la VF du roman, pourtant antérieure au film.
Toujours est-il qu’un jour, suite à une méprise, Sophie, qui pensait passer sa vie à coudre et à vendre des chapeaux, rencontre la terrible Sorcière du désert, qui jette sur elle une malédiction, malédiction qui écourte de grandement sa durée de vie, et pour cause : La voilà dans la peau d’une vieille femme de 90 ans.
Contrainte de fuir sa boutique, Sophie libère en chemin un épouvantail qui se révèle magique, et pénètre la porte du Château Ambulant. Elle y rencontre le démon du feu Calcifer, qui lui promet de l’aider à briser son maléfice à condition qu’elle l’aide à le libérer du contrat qui le lie au magicien Hurle.



En adaptant le roman de 1986, Miyazaki l’épure de plusieurs détails, allant de l’anodin au vital dans l’œuvre originale, supprime quelques personnages, en fusionne d’autres, et ajoute au passage un message anti-guerre, qui vient largement contredire ce que l’écrivaine Diana Wynne Jones a clairement stipulé dans le second opus, j’en reparlerai un peu plus bas. Cela n’a pas empêché cette dernière de tomber sous le charme d’un film, il faut le dire, fichtrement bien mené. Le tout est accompagné d’une orchestration de très haute volée, menée de main de maître par le comparse habituel de Miyazaki, Joe Hisaishi.

Du coup, je fais quoi, je regarde le film ou je lis le livre ?

Idéalement, si tu peux faire les deux, fais-le. Je te recommande de commencer par le film, ça me semble être le meilleur ordre pour vraiment apprécier l’ensemble de l’œuvre. Pour le livre il faudra probablement que tu te contentes de trouver un ebook quelque part (l’ayant moi-même trouvé, je peux te certifier qu’il existe ; ce qui ne m’empêche pas d’avoir l’original en ma possession), sachant que la VF ne se vend pas à moins de 72 euros en occasion, faute de réimpression. C’est probablement l’impact du film des studios Ghibli. À ce titre, j’ai vu passer sur Internet une pétition réclamant la réimpression du livre ; celle-ci étant bien entendue restée lettre morte, comme la majorité des pétitions circulant sur Internet.

Si le film est plaisant, son univers reste bien moins fouillé que celui de l’œuvre originale, ce qui n’a rien d’anormal : S’il avait une seule fois existé une adaptation de livre n’allégeant pas le matériau d’origine, ça se serait su, depuis le temps. Et puis il y a cette guerre dont je parlais plus tôt, ajoutée par Miyazaki dans l’effort d’un message anti-guerre, apparemment porté par les actualités de l’époque, à savoir la guerre en Irak. Le magicien, reflétant l’idéologie du cinéaste, fera donc de son mieux pour faire obstacle à une guerre qui n’est qu’évoquée par l’œuvre originale – J’aimerais tout de même souligner que c’est une différence assez importante, sachant qu’il est largement sous-entendu dans le second volet de la trilogie littéraire que le même magicien, non content d’aider les forces royales lors de ladite guerre, va jusqu’à aider son pays à remporter la victoire.

Il est peut-être temps pour moi d’évoquer le second tome ?



Castle in the Air, publié en France sous le titre Le château des nuages. Il y a quelques semaines, je l’avais trouvé en vente sur Internet à 16 euros. Si je n’avais pas déjà eu des livres à acheter, je me serais très certainement jeté sur cette occasion, parce qu’à l’heure où sont tapées ces lignes, cette VF est de nouveau quasiment introuvable. Bien, parlons-en tout de même.
Si le Château de Hurle mélangeait avec brio la fantasy avec un univers plus enfantin, le Château des Nuages, bien qu’il en soit la suite directe, change totalement de registre, et emprunte volontairement au registre des Mille et Une Nuits : Djinns, tapis volant, génie, groupe de voleurs sanguinaires, tout cela est représenté dans un pays rappelant vaguement l’orient fictif de ces contes d’un autre temps ; mais c’est lorsque cet univers va percuter de plein fouet l’univers féérique de Hurle que le livre va révéler tout son potentiel.

Abdullah, fils de vendeur de tapis, a repris la profession de son père. Néanmoins, à sa naissance, son père est allé consulter un oracle qui lui a prédit que son fils aurait un grand avenir qui l’éloignerait pour toujours du commerce de carpettes. Ainsi, son père s'est-il désintéressé de lui et ne lui a-t-il laissé avant de mourir qu’un stand un peu minable, mais tout de même bien placé sur les marchés de Zanzib, lieu où débute le récit. Un étranger lui vend un tapis volant, mais, une fois l’étranger parti, le tapis ne vole plus ! Abdullah, par crainte de s’être fait flouer et que le tapis ne s’en retourne à son précédent propriétaire, s’endort dessus, pour se réveiller au cœur d’un somptueux palais, où il rencontre la douce Fleur-de-la-Nuit, qui lui apprend en quelques mots qu’en dehors de son père, elle n’a jamais connu d’hommes de sa vie.
Notre jeune marchand pense dans un premier temps rêver, mais lui promet toutefois de lui ramener des images d’homme. Il accomplit cela dès le lendemain, malheureusement un faux mouvement de sa part le ramène instantanément à son stand. Ayant compris que, d’une façon ou d’une autre, c’étaient ses rêves qui avaient de toute façon commandé au tapis de l’emmener dans ce palais luxueux, il s’endort de nouveau, prêt cette fois à épouser Fleur-de-la-Nuit… Qui se fait enlever sous ses yeux par un djinn. Ensuite, vient le moment où il se fait embarquer par le sultan, qui lui apprend, d’une part que c’est sa fille, et d’autre part que l’oracle avait prédit qu’elle épouserait le premier homme qu’elle verrait. Fâché que ce premier homme ne soit pas le prince auquel il la destinait, il enferme Abdullah en attendant de retrouver sa fille, pour qu’elle puisse l’épouser et qu’ensuite il puisse l’exécuter.



Un coup de chance lui ramène le tapis, il se sauve dans le désert et y trouve successivement une horde de brigands sanguinaires et un génie dans une bouteille. C’est ce génie qui l’amènera à Ingary, pays de Hurle, lorsqu’il formulera le vœu d’être transporté auprès de la personne la plus capable au monde de l’aider à retrouver sa princesse. Il y a juste un seul problème : Ce génie est un véritable fauteur de trouble. S’il exauce un vœu par jour, il fait également de son mieux pour le faire de la manière la plus détestable possible. Ainsi, lorsqu'on lui demandera un banquet, n'hésitera-t-il pas à voler celui du sultan, afin que ce dernier envoie des soldats pour arrêter et exécuter les convives du festin.
Plein de rebondissements, ce deuxième tome est largement au niveau du premier ; en revanche je n’irais pas jusqu’à dire qu’il le dépasse. Si une bonne partie des protagonistes du premier volet font leur retour, c’est sous des formes vraiment inattendues (sauf si vous lisez la page Wikipedia anglophone du livre, qui dévoile l’identité d’à peu près tout le monde), et on ne les revoit finalement qu’assez tard dans le récit. Du reste, Abdullah est un protagoniste assez attachant, et la conclusion est tout à fait satisfaisante. Il est d’ailleurs amusant de noter que le Château Ambulant de Miyazaki termine sa propre histoire littéralement dans les nuages. J’imagine qu’il ne dira jamais s’il s’agit d’un clin d’œil au second volume de la trilogie ou non ; même s'il est plus probable qu'il ne s'agisse que d'une énième représentation de son amour pour les machines volantes.

C’est sacrément dommage que le troisième opus n’ait jamais été traduit en français, car malgré un début plutôt long à se mettre en place, souffrant peut-être de quelques longueurs inutiles, c’est vraiment celui-là l’apothéose de la saga, et je peux le dire sans l’ombre d’un doute : House of Many Ways défonce sans vergogne  Le Château de Hurle, Le Château des Nuages et Le Château Ambulant réunis. Rien que ça.



Ce tome 3 se déroule dans le High Norland, un autre royaume de l’univers d’Ingary, royaume dont j’ignore fatalement le nom français, bien qu’il ait probablement été évoqué dans le volume précédent. Hautes Terres du Nord peut-être ?
On y suit les aventures de Charmain Baker (J'imagine qu'une VF aurait francisé son nom en Charmène Boulanger), une pure et simple asociale dont le seul désir est de passer la journée à lire des livres. À vrai dire, elle le désire si ardemment que, malgré son jeune âge, et à l’insu de toute sa famille, elle décide d’envoyer une lettre au roi pour lui proposer son aide dans la tâche qui occupe ce dernier : Trier la bibliothèque royale. À la même période, sa mère lui annonce qu’elle va devoir garder la maison de son arrière-grand-oncle, William Norland, qui n’est nul autre que le sorcier royal. À peine installée dans la maison, elle doit faire face à des portes qui ne mènent pas aux mêmes endroits en fonction de comment les poignées sont tournées, aux kobolds, petites créatures de couleur bleue assez antipathiques à première vue, à la venue inopinée de Peter, un garçon qui se présente comme le futur apprenti du sorcier, envoyé en avance par sa mère par rapport à ce qui était prévu initialement, et enfin à la réponse du roi, positive. Et si au début j’avais craint une histoire ennuyeuse, c’est un formidable complot royal qui va être déjoué par Hurle lui-même, présent sous une forme absolument détestable et assumée dès le début : Celle d’un enfant qui zozotte. Calcifer et Sophie sont de la partie bien évidemment, bien que l’accent reste mis sur la jeune Charmain. On assiste également au retour d’un personnage secondaire du volume 2, dont le rôle sera ici carrément tertiaire, mais l’idée est bonne et permet d’ancrer davantage le récit dans son univers. Ce retour à un univers plus proche de celui du premier livre est en tout cas vraiment bienvenu, car l’univers oriental du second opus pouvait parfois se révéler un peu étouffant à plus d’un titre.

Voilà, je pense avoir fait le tour de l’univers d’Ingary. Diana Wynne Jones est également connue pour la série des Chrestomanci. Je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur celle-ci, je ne pense néanmoins pas me tromper en affirmant que si vous l’aimez, vous aimerez sans nul doute l’univers étonnant du magicien Hurle. Attention cependant : J’ai cru voir sur Internet qu’on lui reprochait de rester dans un registre assez enfantin sur le premier volume. Ce serait une colossale erreur de penser que c’est le cas sur l’ensemble de la trilogie. Le second volume a quelques passages assez violents, mais rien d’aussi alarmant que tout ce qui entoure le lubbock, créature maléfique mise en avant dans House of Many Ways, et dont les mœurs véritablement horribles sont décrites avec force détails. Ce n’est à vrai dire pas un mal, car si la série emprunte de beaucoup au domaine du féérique, on appréciera une histoire qui s’adresse globalement à des lecteurs un peu plus âgés.

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