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lundi 11 septembre 2017

Péndulo Studios

J'ai déjà évoqué Péndulo un nombre incalculable de fois sur ce blog. Aujourd'hui j'aurais pu me contenter d'écrire autour de leur dernier jeu en date, que j'ai enfin fini, mais... Ce n'est pas le seul jeu que j'ai fini. J'ai directement enchaîné avec leur tout premier jeu, où le nom de la société prenait un accent, et voilà pourquoi j'ai décidé, au moins pour ce billet, de répéter cette graphie d'origine, même si dès leur second titre ils avaient pris la décision de se renommer Pendulo. C'est assez difficile de conserver l'accent, je le concède, mais je trouve le rendu vraiment agréable, et ça permet aussi de penser à prononcer leur nom correctement, et pas avec un accent français !



Aujourd'hui, c'est un tour complet de la société que je vous propose, ni plus ni moins. J'aimerais que le tout soit à la fois agréable à lire et surtout vous apprenne des choses concernant cette société. Je ne vous engage donc pas à lire mes anciens billets sur le sujet.

Avant toute chose, il faut que vous sachiez, si ce n'est pas déjà le cas, qui sont ces gens qui sont à l'origine du dernier tiers de la bannière d'Underground Time Lab.
Péndulo Studios était à la base une équipe domiciliée à Madrid (où elle se trouve toujours) et composée de trois personnes : Rafael Latiegui, Ramón Hernáez et Felipe Gómez Pinilla. Visiblement passionnés par les jeux d'aventure graphique en point and click développés notamment par LucasArts, c'est de ce secteur que le trio décida de se rapprocher. À une exception près, que j'évoquerai au cours de cette chronique, ils ne firent que des jeux de ce type.

C'est depuis qu'ils ont investi le monde de la 3D, avec Runaway, que Péndulo propose des titres au style reconnaissable entre mille - Et pourquoi ? Parce que chacun de leurs titres en 3D se compose de décors peints à la main, dans lesquels évoluent les personnages en 3D. Si on aurait pu se demander ce qu'allait donner ce genre de mélange sur le papier, force est de constater qu'une fois passées à la casserole vidéoludique, les productions Péndulo 3D sont de toute beauté, et pour ma part une source d'inspiration perpétuelle, au même titre que les deux autres composantes de ma bannière - Les bandes dessinées de Fred, et Artemis Fowl, mais là n'est pas le sujet aujourd'hui.

Il me faut avant toute chose faire l'éloge de la gentillesse de ce studio. Les grosses boîtes (Coucou Capcom, Telltale) sont loin d'être comme ça. Vous ai-je dit que, deux jours avant la sortie du troisième Runaway, le jeu déjà en ma possession par un heureux hasard, je leur ai demandé un patch, qu'ils m'ont envoyé par mail ?
Ai-je eu l'occasion de vous parler de ce fameux échange Twitter ? Sans parler des quelques fois où ils ont répondu à l'une ou l'autre de mes questions, je ne peux qu'être admiratif quand je vois qu'alors que j'avais demandé de l'aide à l'éditeur de l'un de leurs jeux, auquel je m'étais adressé en anglais, le compte officiel de Péndulo me répondit en français ?

Avant de poursuivre je dois évoquer mon rapport aux point and clicks. Voilà, je... Je ne suis pas quelqu'un qui aime bloquer, je l'avoue. Rester de nombreuses heures à ne pas savoir quoi faire, très peu pour moi. Ainsi, j'apprécie quand un point and click offre un système d'aide bien pensé, comme ce que Péndulo a pu faire sur le troisième Runaway (et apparemment le second sur Wii, là pour le coup j'aurais vraiment aimé voir ça !), un système d'aide suffisamment cryptique pour qu'il y ait encore de la réflexion, mais un système d'aide tout de même. Il y a des jeux qu'il est impossible de terminer sans aide extérieure, à moins d'un miracle du Saint Esprit. Les premiers Péndulo sont de ceux-là. Et je dois avouer une chose - Le dernier, Yesterday Origins, malgré des énigmes plus logiques et terre-à-terre que jamais, a également nécessité pour ma part le recours quasi-systématique à Internet, mais nous y reviendrons.

Plongeons à présent dans le monde des jeux d'aventure graphique de Péndulo Studios !



Igor : Objective Uikokahonia
Igor, sorti sur DOS en 1994, est officiellement un freeware depuis 2007. Il est de ce fait légal de le télécharger sans verser le moindre centime, peu importe sur quel site. Ainsi, beaucoup de sites d'abandonwares le proposent. Autant dire que si vous voulez y jouer, vous n'allez pas avoir beaucoup de mal à vous le procurer.
Il faudra juste que vous sachiez configurer DosBox. Pour cela vous allez ouvrir votre dosbox.conf avec un éditeur de texte et ajouter ça à la fin :

mount c "Chemin vers le dossier du jeu"
c:
cd igorpr~1
igor

Ensuite vous n'aurez plus qu'à lancer DosBox. Ah, il faut savoir que le menu s'ouvre avec Espace, c'est assez important, car sans menu, pas de sauvegarde.

Apparemment, certaines personnes semblent persuadées que le tout premier point and click espagnol de l'Histoire fut un certain Drascula. C'est on ne peut plus faux. C'est Igor. Le trio de Péndulo fut ainsi pionnier dans l'Histoire du point and click en Espagne - Et ce n'est pas tout. Comme souligné sur leur site web, ils sont la société de production vidéoludique ibérique la plus ancienne encore en activité ! Bravo les gars, lâchez rien !
Le jeu existe officiellement en anglais. Il existe aussi apparemment une version où les dialogues sont intégralement doublés, mais va savoir où il est possible de télécharger celle-là.



Igor est un titre qui puise son inspiration, aussi bien pour ses graphismes que pour son moteur de jeu, dans les premiers titres LucasArts. Un inventaire, une pléthore de verbes d'action pour interagir, et vous voilà partis pour des heures trépidantes.

Igor Parker est un étudiant américain, secrètement amoureux de la belle Laura. Malheureusement pour lui, c'est avec Philippe, un autre étudiant, que la belle compte passer un séjour de rêve à Uikokahonia, où les élèves diplômés de biologie auront l'opportunité de se rendre.
Il y a juste un problème : Igor n'est pas qualifié en biologie - Et c'est pas tout : Il n'a pas l'argent pour payer les frais du voyage.
C'est dans des environnements aussi variés que son campus universitaire, une église, ou encore une forêt dans la nuit, qu'Igor sera amené à aller et venir, à ramasser des objets du quotidien pour s'en servir de façon insolite, et à faire tout ce qui est en son pouvoir pour rejoindre Uikokahonia.



Le jeu est plein d'humour, et beaucoup de situations vous feront certainement rire. Mais, gens qui crisiez sur la scène de cruauté gratuite en Alaska de Runaway 2, passez votre chemin. Les exactions de Brian Basco ne sont rien en comparaison des horreurs perpétrées par Igor.

Que ce soit dit : Le jeu est INFAISABLE sans solution complète. Enfin vous pouvez essayer, peut-être un quelconque miracle vous permettra-t-il de sortir de l'horrible labyrinthe qui vous attend à mi-parcours... Labyrinthe qu'il vous faudra faire une seconde fois en marche arrière. Je n'ai jamais rien vu de pareil dans aucun jeu vidéo. Rien ne vous aidera à le terminer, rien. Igor fait preuve d'un degré de sadisme insoupçonné, et même avec la solution du labyrinthe, vous l'aurez bien méritée la fin du jeu.

Eh ! Mais on les connait, ce journal et ces journalistes !

Finalement on peut dire qu'Igor accuse surtout son âge. Cela étant dit, au niveau technique, le jeu est très beau ! Les décors sont de splendides tableaux en pixel-art, et certains sprites, malgré les limitations techniques de l'époque, vous feront certainement mourir de rire.
On appréciera aussi de trouver deux points qui seront référencés dans les jeux ultérieurs de Péndulo, à commencer par...

Hollywood Monsters




Publié en 1997, Hollywood Monsters a davantage qu'Igor l'ambition de nous montrer un vrai petit dessin animé interactif, et se permet même l'inclusion de quelques scènes en 3D - Et le rendu est très correct !
Graphiquement, le jeu lorgne du côté de l'univers des cartoons. Le rendu ne pourra pas plaire à tout le monde. Pour ma part, Hollywood Monsters, malgré un univers formidable et quelques séquences d'anthologie, est le moins réussi des Péndulo.
Pour y jouer légalement, il vous faudra passer par le site de FX Interactive. C'est espagnol, oui. Si vous ne savez pas lire l'espagnol, vous voudrez peut-être y jouer en anglais - Quelqu'un a heureusement publié, en 2012, un patch d'excellente qualité ainsi qu'une solution complète.



Dans Hollywood Monsters, vous incarnez dans un premier temps Sue Bergman, journaliste au Quill, envoyée interviewer les monstres d'Hollywood - Monstres authentiques, ils se sont reconvertis, pour cet univers, dans le cinéma, où ils sont les stars incontestables de nombre de films de séries B. Malheureusement pour elle, Sue voit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû voir et se fait purement et simplement enlever, forçant son collègue Ron Ashman, qui la déteste, à prendre les choses en main et à mener l'enquête aux quatre coins du monde.
C'est principalement cette raison qui me pousse à trouver Hollywood Monsters bancal - Le héros va un peu partout, en Suisse, en Australie... Et quand il revient à Hollywood, c'est toujours la même soirée qu'au début, les derniers monstres de la fête continuant de cuver leur alcool ! Dans Igor, la sortie du labyrinthe était plongée dans la nuit. Là au moins vous aviez la sensation de voir le temps passer, même si c'était artificiel et un peu exagéré.



Les puzzles d'Hollywood Monsters sont plus "logiques" que ceux d'Igor. Avec sa foultitude de tableaux cependant, HM s'éparpille, et on sent encore l'influence des jeux type LucasArts, dotés d'une difficulté phénoménale.
Il faut souligner les doublages hispaniques : Corrects, ils ne sont pas non plus transcendants, et si la plupart s'écoutent avec plaisir, c'est loin d'être le cas d'Hannover, personnage très présent dans le jeu, et dont la voix est un supplice pur et simple.
Malgré tout, et pour citer un de mes anciens billets, on retiendra tout de même un jeu qui parvient à maintenir avec stabilité un humour légèrement décalé et une culture des monstres Hollywoodiens parfaitement maîtrisée.
Sans se montrer indispensable, Hollywood Monsters est une performance assez impressionnante de la part du studio madrilène. Ce qu'il perd en humour et en cohésion par rapport à Igor, il gagne largement en ambiance, et jouer à ce jeu est une plus-value monumentale pour apprécier à sa juste valeur un titre ultérieur du studio, The Next BIG Thing - D'ailleurs, à ceux qui regrettent que TNBT n'ait pas de suite, avez-vous seulement essayé Hollywood Monsters ?

Runaway : A Road Adventure

Entre Hollywood Monsters et The Next BIG Thing, il y a un monde. Plus de dix ans séparent les deux titres, et pour cause : En 2003, six ans après HM, Péndulo faisait sa première vraie apparition sur le marché international, avec un titre se vantant d'être, à une époque où le marché est famélique voire inexistant (L'époque LucasArts est terminée depuis la sortie en 2000 du très discutable Escape from Monkey Island, et il faudrait attendre toute une année supplémentaire pour que des cendres de Sam & Max jaillisse Telltale), le retour de la grande aventure.



C'est la première aventure de Brian Basco. Étudiant comme Igor, admis à Berkeley, le destin le met sur la route de Gina Timmins, une jeune strip-teaseuse, qu'il renverse avec sa voiture alors que deux mafieux la poursuivent. Il se retrouve alors embrigadé dans une folle cavalcade qui l'emmènera à traverser les USA d'est en ouest, comme dans un road movie. Le choix des États-Unis n'est pas anodin, le studio cherchant clairement à s'internationaliser.

C'est beau.

Runaway, marqua le début de la renommée internationale du studio, et aussi le tout premier jeu exploitant cette combinaison de décors 2D peints à la main et de 3D pour les personnages et certains éléments interactifs. L'équilibre parvient à être atteint, l'alchimie s'opère. Les décors traversés sont grandioses, et Focus, distributeur du jeu, nous offre une VF de qualité, orchestrée pour la traduction par la société Words of Magic, et pour le doublage par La Marque Rose. Et si le jeu déborde de références à la culture pop, la VF se chargera d'en ajouter par paquets sans jamais dénaturer le jeu. On apprécie !



Globalement le jeu profite d'un scénario bien plus solide que ceux de ses prédécesseurs, avec une cohérence globale bien plus grande. Les énigmes sont toujours atroces, mais on ne nous perd pas dans une infinité de tableaux, c'est un plus non négligeable.
Il faut enfin applaudir la bande musicale. Si beaucoup de musiques du jeu se laissent simplement écouter, la chanson d'ouverture est quant à elle de très bonne facture, au même titre que les chansons ouvrant les Runaway suivants.
Ce premier Runaway a connu en son temps un succès considérable. Je dois dire que pour ma part, ayant découvert les aventures graphiques en point and click assez tardivement, il m'a fallu pour découvrir cette série de Péndulo passer par l'édition DS du second opus...

Runaway 2 : The Dream of the Turtle

Passer par l'édition DS n'était peut-être pas la meilleure idée. Le jeu a un portage relativement correct, avec un mode zoom qui permet d'en apprécier tous les détails malgré la taille limitée de l'écran, mais on y perd l'intégralité des prestations vocales, et il faut ajouter que la maniabilité du jeu est tout simplement impossible, avec un stylet qui ne répond que quand ça lui chante. Avec ou sans solution, c'est un miracle si j'ai réussi à finir le jeu dans ces circonstances.
Pourtant même de cette façon, Dream of the Turtle ne parvient pas à me décevoir ; peut-être aussi parce que ce fut mon premier Péndulo.



Brian et Gina, devenus riches, ont décidé de tout plaquer et de prendre quelques vacances sur Hawaii, parce que pourquoi pas. Là-dessus, l'envie leur prend de visiter une petite île, Mala Island, réputée pour ses tikis. Et finalement, Dream of the Turtle est l'histoire d'un manque de bol monumental. Le conducteur de l'hydravion fait un malaise au milieu du trajet, et alors que Gina se fait pousser de l'appareil avec un parachute par un Brian paniqué, elle se fait dégommer par l'armée ayant investi l'île. Pour couronner le tout, une fois sorti de la jungle et après avoir fait connaissance avec Kordsmeier, le truculent colonel à la tête du contingent militaire, Brian se retrouve nez-à-nez avec une ancienne connaissance, qui lui annonce qu'il va devoir sauver des extraterrestres en danger...



Dans sa globalité le scénario est plaisant, et les divers personnages rencontrés l'animent remarquablement bien, avec une préférence toutefois pour ceux de l'armée, qui sont tous absolument parfaits, rien à redire. Les voix et la traduction sont dans la continuité du premier Runaway, et les musiques sont dans la même veine : Pas d'objection ici non plus !
Les énigmes sont plus stupides que jamais mais viennent tout de même servir l'intrigue ; ensuite il faut souligner la beauté des décors parcourus. Le chapitre en Alaska se révèle inutile voire lourd, mais c'est peut-être le seul point noir du jeu, avec l'humour en dessous de la ceinture, qui a pris un sérieux coup de renfort depuis les productions Péndulo précédentes, et provoque des situations vraiment gênantes. Ce n'est finalement pas bien grave, et il ne reste une fois ces éléments balayés, qu'un seul réel problème à signaler : L'absence de fin. C'est sur un ultime coup de théâtre que s'achève Runaway 2, comme tant d'autres avant lui. Il reste pourtant mon Péndulo coup de cœur, y compris devant le dernier opus, qui reste pourtant un chef-d'oeuvre, et que je vais évoquer à présent.

Runaway : A Twist of Fate

Suite à la fin catastrophique de Runaway 2, la suite s'est faite attendre. Pour cette fois, nos amis hispaniques ont choisi de ne pas numéroter le jeu, selon cette habitude que l'on retrouve de plus en plus dans les médias de fiction, et qui voudrait que s'il n'y a pas de numéro, ça va faire plus de ventes puisque ça aura l'air d'un produit détaché de ce qui l'a précédé. Mouais.
En attendant, ATOF est tout sauf un stand-alone. S'il commence en nous larguant un Brian accusé du meurtre de Kordsmeier, condamné à l'asile psychiatrique le temps de vérifier si ce qu'il raconte au sujet de sa mémoire disparue ne serait pas des bobards, et que Gina doit sauver de la tombe (ce qui me permet de noter que l'on contrôle alternativement les deux personnages, une première dans l'histoire de la série), c'est vers la moitié du jeu qu'on se rend compte que, finalement, avoir joué aux opus précédents reste obligatoire pour en discerner toutes les subtilités ; l'apothéose étant atteinte lorsque le joueur doit raconter sans se tromper le scénario du premier jeu à un metteur en scène pour pouvoir avancer - Et c'est loin d'être facultatif.

Surtout regardez bien ce trailer-là, sa musique est super entraînante et n'apparaît absolument pas dans le jeu !

ATOF combine les qualités des opus précédents avec de nouvelles facettes fort appréciables. Je pense avoir évoqué plus tôt l'interface d'aide, dont le principe existait en fait depuis l'édition Wii de Dream of the Turtle. Pour faire simple on se retrouve en compagnie de Joshua, personnage très haut en couleur (qui brille par son absence du scénario d'ATOF), et ce sont ses conseils que l'on suivra pour mener à bien l'aventure. Et que l'on soit clairs. Ses dialogues sont tout simplement géniaux, à un tel point que, même en désirant terminer l'aventure sans aide, on ne peut que mourir d'envie de cliquer à tout moment sur l'icône le faisant intervenir, pour voir quelle bêtise saugrenue il va encore nous sortir !
La seconde nouveauté, et non des moindres, est celle qui consiste à double-cliquer quelque part sur l'écran pour s'y retrouver instantanément, affranchissant ainsi le joueur du fardeau des allers-retours superflus. Heureusement, ce mécanisme de téléportation bien huilé a été conservé pour toutes les productions Péndulo qui ont suivi, on apprécie !



Bien que Dream of The Turtle demeure mon Péndulo préféré, l'objectivité me force à admettre qu'ATOF est largement le meilleur des trois à tous les niveaux : Personnages, rythme de jeu, situations rencontrées, et bien sûr il ne faut pas oublier que ce troisième volet bénéficie d'une vraie fin. La frustration des joueurs à la fin du second volet a d'ailleurs dû retentir aux oreilles de la société, puisque la présence d'une happy end ("ou même deux") était vantée sur la quatrième de couverture du jeu.

La trilogie Runaway ayant connu une fin parfaite, il était temps pour Péndulo de s'attaquer à un nouveau morceau. C'est pourquoi ils firent...

The Next BIG Thing



Deux journalistes du Quill qui ne peuvent pas se supporter, Dan Murray et Liz Allaire, sont envoyés interviewer les monstres, acteurs d'Hollywood, à une réception donnée en leur honneur. Malheureusement pour elle, Liz voit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû. Puis se fait enlever, vous laissant alors aux commandes de Dan Murray.

Ça vous parle ? C'est parce que le début du jeu reprend dans ses grandes lignes le synopsis de Hollywood Monsters. The Next Big Thing porte en Espagne le titre de Hollywood Monsters 2, et la version smartphone va même jusqu'à s'appeler Hollywood Monsters dans toutes les langues mais ne vous y trompez pas : S'il en est la "suite", ce n'est que spirituel.



Le jeu se révèle en tout cas bien plus agréable que son antique prédécesseur de 1997, profitant de tout le savoir-faire accumulé par le studio. Il n'y a cette fois plus de grosses incohérences, et à partir du second chapitre le jeu se veut offrir un contenu totalement inédit - Et il y arrive avec maestria.
Quelques bugs sont à relever, et l'idée de protéger chaque sauvegarde par un mot de passe est assez catastrophique, mais finalement rien de bien gênant ne vient entraver la progression. The Next BIG Thing c'est un grand oui - Mais à plus forte raison en ayant connaissance de Hollywood Monsters, qui viendra jusqu'au bout influencer le jeu - On pensera principalement à l'énigme la plus inutilement ardue d'HM, reprise dans une version simplifiée au cours du chapitre se déroulant dans une ambiance égyptienne.

Belle réussite en tout cas, qui vient prouver qu'il n'est nul besoin de Brian Basco ou de Gina Timmins pour nous proposer un jeu d'aventure énergique et plein d'humour.

Yesterday

Malgré tous ses succès critiques, Péndulo a commencé à manquer de budget. C'était en 2012, et Yesterday (de son titre original New York Crimes, ce qui est un choix vraiment bizarre quand on sait que lesdits crimes n'occupent qu'un chapitre du jeu à tout casser) nous l'a bien fait comprendre, en proposant un contenu à la fois dantesque... Et formidablement court. Ajoutons à cela que pour la première fois de son existence, le studio propose un jeu vraiment facile, et on obtient le jackpot des choses à ne pas faire lorsque l'on souhaite proposer un point and click au grand public. Ainsi Yesterday fut-il plus adapté au format smartphone qu'au format PC, où il était de toute façon vendu 10 fois plus cher, pour un contenu ne méritant pas forcément de dépenser une telle somme.



Après c'était vraiment un jeu d'excellente qualité. On y incarnait d'abord Henry White, jeune homme travaillant avec un compère un peu musclé pour l'association des Enfants de Don Quichotte. Partis enquêter sur des calcinations successives de SDF, nos deux trublions font une sacrée découverte, qui est suivie d'entrée de jeu par un plot twist phénoménal, d'une intensité que le jeu n'arrivera jamais à reproduire. On contrôle ensuite, pour tout le reste du jeu, John Yesterday, qui donne son nom au jeu, et qui doit, pour résumer, enquêter sur son passé - Car il souffre de pertes de mémoires qui se compliquent par l'apparition fréquente de flashbacks de vies antérieures. Sans entrer dans les détails, mais disons-le tout de même puisque les trailers du jeu en parlaient de toute façon, John a la capacité de ressusciter à chaque fois qu'il meurt, sauf qu'il perd la mémoire à chaque résurrection, ce qui peut se révéler problématique.
Outre sa durée famélique, Yesterday pêche surtout sur la technique. Le manque de budget se ressent. Si dans les titres précédents le héros avait toujours une petite remarque à faire sur les objets qu'il ramassait, cette fois c'est bien fini. John, qui n'a de voix qu'en anglais, est beaucoup moins expressif puisqu'une énorme partie de la narration est assurée par des vignettes de texte sans aucune forme de doublage.
Le doublage d'ailleurs il faut en parler. Il est très correct, à la seule exception des personnages français, qui se révèlent à peu près aussi pénible à écouter dans la langue de Shakespeare que leur discours ne suinte par tous les pores tous les clichés malaisants possibles et imaginables qu'il est possible d'accumuler sur l'hexagone. Pour ce que ça vaut, il y avait sûrement moyen de faire preuve de plus de finesse.



Le gameplay a évolué, depuis les Péndulo 3D précédents. Les zones interactives sont autant de mini-zones zoomées sur la carte, et si cela déstabilise au début, l'idée se révèle finalement assez bonne.

Ce premier essai de Péndulo dans le domaine du thriller reste une petite réussite, et bien qu'on le termine aussi vite qu'on ne l'a commencé, l'expérience est bonne dans son ensemble. Petit gadget supplémentaire, Yesterday est doté de quatre fin, trois mettant en avant un protagoniste différent, et une fin bonus, qui plaira à n'en pas douter à tous les amateurs de Runaway... D'ailleurs, profitons-en pour noter que Yesterday se déroule officiellement dans le même univers et à la même époque que Runaway, un lieu et un personnage d'ATOF faisant un caméo fort appréciable !

Hidden Runaway

Cette fois, rien ne va plus. Faute de budget, Péndulo se lance, pour le dixième anniversaire de la saga Runaway, dans un jeu... D'objets cachés. Cela était plus ou moins teasé dans la fin bonus de Yesterday, c'est bel et bien ce que la société nous a offert.
S'ils avaient pu retranscrire l'intégralité du premier opus, ça aurait été magnifique. Malheureusement cette exclu smartphone, remplie de bonnes idées, où les objets cachés ne sont finalement qu'un prétexte à redécouvrir l'aventure qui fit la renommée du studio madrilène, a une fin en demie-teinte, ne laissant le scénario terminé qu'à sa moitié. L'exploration du far-west et la conclusion ? On aurait très bien pu y avoir droit avec de nouveaux mini-jeux dans une suite, dont une bande-annonce est faite en conclusion de ce Hidden Runaway. Mais cette fois le manque de budget est tellement décisif que ce qui aurait dû être le second opus du jeu n'est jamais sorti. Dommage, j'aurais vraiment aimé ! En l'état, Hidden Runaway reste supérieur à l'intégralité des titres d'objets cachés jamais publiés par les autres sociétés de jeux, et les décors revisités de Runaway, soudainement encombrés d'objets hétéroclites, sont un délice à reparcourir du doigt.



Day One

Il... N'y a pas grand chose à dire sur Day One, en fait. C'est un projet annulé. En mal de budget, Péndulo a tout misé sur le crowdfunding. Personne n'est venu. C'était pourtant prometteur. Dans Day One, on allait incarner un homme sur le point de mourir. Et ensuite ? On ne saura probablement jamais. Quel dommage !



Yesterday Origins

Meilleur jeu d'aventure de la GamesCon 2016, Yesterday Origins fait suite au premier Yesterday. C'était parti pour être une préquelle, mais ce n'est clairement pas le cas. Pour ce que ça vaut le jeu reste parfaitement faisable sans avoir fait le premier au préalable, mais faire ce choix serait assez peu avisé, dans la mesure où le premier pose quelques bases, et dans la mesure où quelques points de scénario du premier volet sont inévitablement dévoilés au cours de l'intrigue, sachant que de toute façon John est parfaitement conscient de tous les évènements s'étant déroulés au cours du volet précédent.
Un intervalle de trois ans s'est écoulé, John a toujours des flashbacks de vies antérieures, sauf que maintenant il est en couple avec Pauline Petit, parisienne rencontrée au cours de Yesterday premier du nom. Elle est devenue à son tour immortelle, au cours de l'une des trois fins conventionnelles de Yesterday, et c'est donc à cette fin qu'Origins fait suite, en nous proposant cette fois des flashbacks centrés exclusivement sur la jeunesse de John, et sur les étapes qui ont forgé son immortalité. En nous proposant d'incarner alternativement Pauline et John, voire dans deux des chapitres du jeu de les incarner simultanément, Origins renouvelle l'expérience tentée dans A Twist of Fate, avec bonheur et humour - Même si certaines pointes d'humour sont vraiment sordides et justifieraient presque à elles seules le PEGI 18 qui a été attribué au titre (Enfin il y a quand même quelques scènes assez violentes).



Yesterday Origins a un autre point commun avec ATOF - Nos développeurs semblent avoir pris en compte les retours des joueurs sur le jeu précédent. C'est cette fois un jeu long et compliqué qui ressort, ce qui pourrait ne pas être un problème s'il y avait un système d'aide. Celui du premier était assez bancal, il faut le reconnaître, mais cette fois-ci c'est bien simple, aucune aide n'est disponible pour résoudre les énigmes les plus retorses. Heureusement chaque chapitre se compose d'un nombre relativement limité de tableaux, mais franchement il n'y a aucune comparaison envisageable entre la difficulté du premier et du second, d'autant plus que, malgré tout, quelques énigmes se révèlent objectivement assez mal pensées, forçant plus que jamais à avoir une aide extérieure sous le coude.

L'une des nouvelles idées du jeu est d'ajouter à l'inventaire un inventaire supplémentaire, fait d'idées, qui devront vous servir à justifier vos actions. Ces idées se récupèrent en parlant avec les différents personnages rencontrés au cours de l'aventure, personnages qui... Ne sont pas si nombreux que ça. Malgré le fait que Péndulo ait enfin eu du budget (grâce au distributeur Microïds), le temps des Runaway est bien fini. Cela se ressent dans la distribution française, car si pour cette fois le titre est doublé intégralement dans notre langue, on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup de doubleurs sur le coup, bon.
Évoquons une autre idée du jeu qui justifie amplement le recours à une solution - Il est à présent également possible d'observer sous toutes les coutures les personnages et d'interagir avec des zones de leurs corps. Si sur le papier l'idée est intéressante, en pratique c'est pénible parce que ça veut dire qu'il faut penser à les observer, à observer aux bons endroits, et éventuellement à associer des objets avec eux.


À part un ou deux bugs et une traduction française discutable par moments (quand un texte a été écrit directement en bon français par Péndulo sur un décor et que tu l'observes pour le voir réécrit différemment, tu te poses nécessairement des questions), Origins est un titre plutôt solide. Le premier Yesterday m'avait scotché par son ouverture, c'est par sa conclusion qu'Origins a finalement réussi à me faire sursauter. La boucle est ainsi bouclée.
Là-dessus j'aimerais évoquer le gameplay. Origins propose de brancher une manette, et va même jusqu'à le recommander. Soyons honnêtes, c'est une mauvaise idée, car si le gameplay manette s'en sort dans son ensemble et offre des moments intenses de vibration, qui ajoutent effectivement à l'expérience de jeu, on y perd le déplacement instantané, et ceci est vraiment catastrophique. D'un autre côté observer les personnages est un véritable chemin de croix à la souris, mais c'est vraiment le seul défaut.
Côté ambiance, Yesterday Origins réutilise le système de cases de BD qui faisait toute la narration de Yesterday, pour un résultat peut-être plus plaisant. On explore forcément plus de lieux, puisque le jeu est plus long, et même si chaque chapitre est relativement court le travail reste soigné. J'avais craint que le moteur de jeu ne soit complètement en 3D, car il m'avait semblé lire quelque chose dans ce sens, mais quoi que Péndulo ait fait, de toute façon les décors semblent toujours peints, donc tout va bien.

Il me reste à dire que Yesterday Origins a une OST sublime, que j'aimerais pouvoir récupérer. Bien sûr pas de chanson enjouée à la Runaway, mais on n'y perd pas au change, bien au contraire. Combinée à la performance vocale correcte malgré le manque de doubleurs, la bande sonore de Yesterday Origins est un petit bijou.

Et après ?

Le site officiel de Péndulo est en reconstruction. Quoiqu'il arrive par la suite, j'espère sincèrement que le studio madrilène pourra continuer de nous faire rêver. Leur destin à base de budget réduit rappelle cruellement que le public du jeu d'aventure n'est pas aussi présent qu'avant - ou peut-être est-ce dû au fait que les gens n'ont plus forcément 40 euros à mettre dans un jeu d'aventure, fût-il le premier du groupe depuis quelques années. Je dois bien confesser ne pas avoir été en mesure d'acheter Yesterday Origins plein pot.
Il faut aussi dire que l'année passée, je ne disposais pas de matériel suffisant pour faire tourner le jeu, et attendais désespérément une édition smartphone. Elle serait apparemment prévue, mais je dois bien avouer que je n'ai aucune idée de quand est-ce qu'elle sortira, ni d'à quel prix.

Mais que fera le studio Péndulo après avoir complété l'édition smartphone de Yesterday Origins ? Auront-ils une chance de nous présenter Day One, ou ce projet passera-t-il définitivement à la trappe ? Une chose est sûre en tout cas - À l'exception d'Hidden Runaway, aucun titre du studio ne justifie plus aucune suite, et il serait étonnant à ce stade qu'Igor fasse son retour sur le devant de la scène.
Péndulo a fait de la comédie puis du thriller. Contrairement à Telltale, qui a arrêté toute forme d'aventure graphique en point and click pour proposer des aventures cinématographiques à choix multiples, le trio de Madrid n'a jamais cherché à révolutionner sa formule, seulement à l'améliorer, petite touche par petite touche.
Il ne reste plus qu'à espérer pour l'avenir des jeux aussi inspirés qu'A Twist of Fate ou que Yesterday Origins. Courage, Péndulo !

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