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lundi 5 juin 2017

L'histoire du conteur électrique / Cythère l'apprentie sorcière

Quelle ne fut pas ma surprise, en parcourant les étals d'une librairie BD, d'y trouver non pas un, ni deux, mais bien trois Fred pas encore en ma possession ! N'ayant pas le budget nécessaire pour m'offrir trois beaux albums en même temps, c'est avec regret que j'ai laissé en rayon Le Journal de Jules Renard lu par Fred.
Avant de parler plus avant de mes augustes trouvailles, je rappelle que Fred fut un génie de la bande dessinée, de la poésie et de l'humour par l'absurde. On pourrait en lisant ce blog penser qu'il est tenu par quelqu'un qui passe son temps à lire Spirou, mais ce serait bien mal me connaître - Mon héros de BD préféré est Gil Jourdan, et l'auteur le plus illustre qu'il m'ait été donné de lire n'est nul autre que Fred, dont l'oeuvre la plus emblématique orne la bannière actuelle - et probablement définitive - d'Underground Time Lab.

Voilà des années que je n'aie eu l'occasion de faire une bonne chronique BD - sans compter celle consacrée à Fantomiald le mois dernier. Il est temps de rattraper cela par une double critique, celle de deux chefs-d'oeuvre de la bande dessinée - mais je dois le confesser, pour moi tout ce qui est signé Fred est un chef-d'oeuvre.

L'histoire du conteur électrique

Si vous avez lu L'histoire d'un conteur éclectique, biographie de l'auteur franco-turque à forte moustache par Marie-Ange Guillaume, alors le titre vous parle un peu, puisqu'en plus d'avoir inspiré le titre de la biographie, il y est évoqué.



J'ai longtemps cru que L'histoire du Corbak aux Baskets avait été le travail ultime de Fred avant que la maladie ne l'empêche de produire, pour finir par conclure sa carrière sur le dernier Philémon de 2013. C'est on ne peut plus faux, et j'en ai pris conscience face à la date d'impression de l'ouvrage (j'ai mis la main sur une édition originale de 1995 vendue neuve, au prix d'un album neuf), mais aussi en voyant le Corbak faire une apparition le temps d'une case ou deux. D'autres albums ont également vu le jour dans cette période-là.

Ce récit m'a ému. Il est loin le temps des échappées lyriques de Philémon - S'il n'y avait la dernière page, qui apporte une note d'espoir et d'optimisme bienvenue, cet ouvrage serait à n'en pas douter le Fred à la fin la plus noire. Toute l'histoire repose, après tout, sur un énième magnat horrible du monde moderne, ici de la télévision, qui vient rompre le quotidien d’Hippolyte Mousse, un homme condamné à garder le lit pour l'éternité. Et si cet homme de la télévision débarque chez Hippolyte, c'est bien parce que la Lune, qui s'est mise à lui raconter des histoires qu'il retransmet aux gens du monde extérieur, a fait chuter le taux d'audimat.



À l'éternelle tendresse de l'auteur se mêle ici toute la tristesse dont il pouvait faire preuve par moments, et, si la page finale se veut relativement positive, c'est une profonde mélancolie qui s'abat sur le lecteur une fois l'opus achevé. Le relire plusieurs fois n'y a rien changé. Fred m'a fait ressentir des émotions phénoménales dans cet album qui, sans jouer autant sur les codes de la BD que d'autres, parvient à accomplir son objectif d'une façon fort troublante.

Cythère l'apprentie sorcière

Le Conteur électrique datant, comme dit plus haut, de 1995, passer aux exploits de la petite sorcière Cythère, publiés entre 1978 et 1980 dans les journaux Pif Gadget et Vaillant est un réel choc (électrique haha) ; d'autant plus que, comme le souligne cette belle réédition de 2014 dans ses quelques suppléments, cette bande dessinée-là est un cas unique de production pour enfants dans la bibliothèque de Fred, plus habitué à un public adulte voire adolescent.



Cythère, petite sorcière qui aurait pu s'appeler Sirodérab (le choix final de Fred s'avère beaucoup plus marquant !) apprend la magie avec sa grand-mère, lors d'histoires courtes qui forment une belle grande histoire, où l'on se sent parfois, lecteur de Philémon, un peu comme chez soi. Car dans Cythère, Fred laisse libre cours à la poésie qui le caractérise, et joue des cases aussi bien qu'il le faisait dans les aventures de l'ado au pull rayé - quoiqu'avec un peu moins de folie peut-être.
En complément, l'éditeur a décidé de rééditer une histoire courte de quelques planches, La voiture du Clair de Lune. Dans ce récit ce n'est pas vraiment de la déformation onirique qu'il faut chercher, quoique Fred nous offre un superbe contenu comme à son habitude. Ce qui est intéressant ici, c'est que c'est l'une de deux histoires qui avaient été réalisées en collaboration avec Jacques Dutronc, qui s'était donc appliqué, en bon chanteur, à la raconter le temps d'un 33-tours. Si vous le voulez bien, je le pose ici pour que vous puissiez l'écouter :



Petit bémol cependant sur cette édition de Cythère : Les couleurs. Car si elles sont magnifiques, et si l'on ne peut effectivement que saluer le phénoménal travail d'Isabelle Cochet (chapeau, vraiment), qui a remis en couleurs les planches originales de l'auteur, travail qui était de toute façon nécessaire, il reste pour le moins curieux qu'elle ait opté pour un choix de coloris radicalement différent de ce que l'auteur, Fred, avait fait en son temps, en témoignent les quelques scans de la première édition que l'on peut trouver sur le net. La bande dessinée ayant été rééditée après l'infortuné décès de Fred, le choix de la coloriste de prendre autant de libertés sur la parole de l'auteur, sur laquelle ce dernier ne pouvait hélas plus revenir, me semble grossier et malvenu - mais je me trompe peut-être, et j'ose croire que Fred avait approuvé ce type de retouches sur son oeuvre avant de mourir. Si je suis heureux d'avoir lu ce bel ouvrage, il n'en reste pas moins que j'aurais aimé le lire dans des conditions plus proches de celles du lecteur des années 80.



Une quinzaine d'années sépare Cythère du Conteur électrique. Et si le style de Fred ne change jamais vraiment, la rencontre de ces deux récits bien peu semblables ne m'a pas laissé indifférent. Si l'on exclue le seizième Philémon, et l'ouvrage "Autour de Philémon", c'est la première fois depuis de nombreuses années que je lis des récits de Fred que je ne connaissais pas au préalable. Et pour être franc, je ne m'attendais pas à ressentir tant d'émotions par ces lectures. Peut-être que j'ai grandi.

M'ouais.

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