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mardi 14 mai 2013

Spirou et ses 75 ans

Allez savoir pourquoi, j'ai mis plusieurs semaines à me décider à lire du début à la fin le numéro 3914 de Spirou. Le numéro 3914 ? C'est le numéro spécial sorti pour les 75 ans du journal, le 17 Avril dernier !
Je l'ai déjà exprimé auparavant sur ce blog, le journal de Spirou m'a, pendant une petite dizaine d'années, un peu déçu. Oh, bien sûr, il avait toujours son lot de bonnes bandes dessinées, donc je n'allais pas interrompre mon abonnement. Pourquoi me décevait-il, ce bon journal ? Peut-être à cause du nouveau rédac'chef. Oh, bien sûr, je ne remets pas en question son travail, mais il faut savoir que lorsque j'ai commencé à acheter puis à recevoir Spirou, c'était en pleine époque de Thierry Tinlot, alias le Boss, grand homme qui aura réussi à insuffler en l'espace de quelques années un esprit particulièrement dynamique au journal, avec un nombre hallucinant de numéros spéciaux comme je n'en ai plus jamais revu depuis 2002 !

Alors bien sûr, en 2011, ma joie a explosé ! Un numéro spécial digne ! Le 3839 du 9 Novembre : Le spécial Come-back, qui faisait revenir des personnages disparus du journal, en faisant une part plutôt belle aux héros des années 90 ! Ce numéro m'a littéralement scotché et replongé dans ces années où le journal de Spirou était un pur ravissement hebdomadaire, et ce jour-là je me suis dit : "Peut-être après tout que le nouveau rédac' chef n'est pas si mal". Et puis plus rien. Mais bon, c'est pas si grave, les trois numéros qui sont les plus emblématiques pour moi de la grande époque Tinlot avaient chacun deux ans d'écart (à ceci près qu'entretemps il y a eu d'autres numéros spéciaux tout aussi fous, genre le spécial dessiné uniquement par Bercovici, de l'art).
Ce numéro spécial m'a permis de rêver de nouveau, de rêver de nouveaux numéros spéciaux beaucoup plus entraînants que par exemple le stupide spécial Cirque, qui était un monstre de ratage. Et pour les 75 ans de Spirou, ils ont enfin fait quelque chose.
Rien ne dépassera, c'est certain, le spécial 60 ans de 1998 et la folie de son anticipation du spécial 100 ans de 2038.
En fait, c'est con à dire, mais les meilleurs numéros spéciaux de Spirou sont ceux qui laissent totalement de côté les bandes dessinées habituelles, ou les font participer au délire collectif. Et quand le numéro a encore plus de pages que d'habitude, c'est encore mieux !



Le spécial 75 ans accomplit ce qu'il avait à accomplir. Et pour compenser les histoires à suivre, il s'orne de deux fois plus de pages que d'habitude. Il y a bien deux histoires à suivre (dont une toute pourrie, là, Beauté, je déteste ce truc), mais vous savez quoi ? Spirou fait un caméo dans la première ! Et à partir de la page 18, jusqu'à la page 99 (!!), ce numéro offre au lecteur DU SPIROU À TOUTES LES PAGES ! Oui, même les bandes dessinées un peu plus classiques qui subsistent dans ce numéro se teignent de rouge ! L'un des Cavaliers de L'apocadispe revêt un uniforme de groom, Tash & Trash soufflent les bougies avec Spirou... Et ces quelques bandes dessinées intrusent ne prennent que très peu de place (ça va dans l'ordre des trois/quatre pages, pas plus), en comparaison à l'excellence même de voir Spirou pris en main par non pas un, ni deux, ni trois, mais bien plus de 60 auteurs (j'ai compté à peu près) qui se sont prêté au jeu et ont littéralement rempli le magazine de leurs visions du groom. On retrouve d'ailleurs plusieurs auteurs qui ont déjà fait des albums de Spirou par le passé, et franchement, ça fait toujours plaisir de les voir se prêter au jeu de reprendre le personnage le temps de quelques pages.

Petit tour des lieux d'un numéro spécial destiné à demeurer le deuxième choix pour mon best-of de l'après-Tinlot ! Et juste après, si vous êtes toujours là, ma critique de deux magnifiques ouvrages de collection.

Spirou au jour le jour par Feroumont, auteur du Royaume.
Une planche assez simple, mais qui n'est pas sans rappeler la planche Calendrier parodique qui avait été réalisée par Tome & Janry en 2002. Agréable à lire, même si je ne trouve pas que le style de l'auteur se prêterait à une aventure complète du groom.

La semaine de Spirou/Animal Lecteur (Tiriet et Isa/Sergio Salma et Libon)
L'édito et la BD qui ouvrent chaque semaine le magazine respectent le thème et sont amusantes à lire.

Esteban de Matthieu Bonhomme
Je le cite ici parce que l'auteur a eu la sympathique idée, pour célébrer ce numéro spécial 75 ans, d'incruster Spirou sur deux cases. Il ne change absolument rien à la bande dessinée en question, mais le style graphique est agréable, et y a pas à être fâché de sa présence dans la BD, au contraire ça ancre encore plus le numéro dans son thème.

2013 : L'année Groom
Une publicité classieuse qui résume les sorties importantes de Spirou pour l'année 2013. Le résultat est ma foi fort agréable, et on en profite pour apprendre que la rubrique La Galerie des illustres, qui paraît semaine après semaine dans le journal de Spirou, s'offre carrément un recueil.

En direct de la Rédak
L'une de ces rubriques qui animent depuis plusieurs années le journal de Spirou. C'est dans cette rubrique que survivent encore aujourd'hui "Les fifiches du proprofesseur" et "Le XXIème siècle est parmi nous", deux micros-BD qui existaient déjà lorsque j'ai commencé à acheter le magazine il y a 15 ans, et qui sont probablement plus vieilles encore. (Au passage, pour l'anecdote, à l'origine, la seconde s'intitulait "À l'aube du XXIème siècle" et a changé de titre à l'occasion du changement de siècle).
Si l'on oublie la question de lecteur qui a été retenue et qui parle des Nombrils (Hérésie dans un numéro aussi incroyable), et le grand concours Cédric (Je vois franchement pas ce que ça fout là), les deux pages forment à elles-deux un assez bon hommage au groom.

Groom Toujours ! de Yoann et Vehlmann
La participation des auteurs actuels de la série, Yoann et Velhmann. Une excellente surprise remplie de dialogues savoureux, et la très appréciable apparition de Spirspip, un personnage qui avait été inventé par Jijé dans Spirou et l'aventure et n'avait jusqu'alors existé que dans deux pages publiées dans les années 40. Jusque-là, ce Groom Toujours est le Spirou de Yoann et Vehlmann que j'ai préféré.

Le conte du Champignac par Fabrice Tarrin
Tarrin, Tarrin, Tarrin. Pour être honnête, ce n'est pas sincèrement un auteur que j'apprécie. Son passage dans les one-shot Spirou a donné un résultat plus que mitigé, et à côté de ça il a fait une série consacrée à "la jeunesse héroïque de Fantasio". Et cette série-là, eh bien je ne sais franchement pas quoi en penser. Concernant le Conte du Champignac, une bonne surprise : L'auteur a eu l'autorisation exceptionnelle de mettre en scène ni plus ni moins que le Marsupilami ! Au final, la BD est sympa. Tarrin ne s'éloigne pas véritablement du style Franquin, et il n'y a guère que la dernière demie-planche qui pourra éventuellement gêner.

Jokarira bien qui jokarira le dernier par Yann et Dany
Déjà, je déteste le style de Dany. Mais d'une force herculéenne. En tout cas, sur une BD comme Spirou, je n'arrive pas à accrocher.
Ensuite, jusqu'à présent, les interventions de Yann sur Spirou m'ont toujours dégoûté. C'est le deuxième scénariste dont je n'arrive pas à supporter l'apport à Spirou, aussitôt après Raoul Cauvin et sa tendance insupportable à vouloir victimiser le pauvre Fantasio.
Eh ben au final ça donne une BD absolument insipide.

Les aventures d'un journal
Rubrique habituelle de Spirou, on revient sur le passé. Ici, il est principalement question du calot de groom. En somme, une bonne petite rubrique spécial anniversaire.

Un voyage en papier par Franck Le Gall
Franck Le Gall et son style bien particulier, qui rappelle agréablement les Spirou de Jijé, signe ici une brève rencontre entre Spirou et "son père le plus fameux" (bien obligé de citer, il le dit lui-même), Franquin. Le style graphique est agréable et l'ensemble donne un très bon hommage à la série. Il n'y a guère que la chute qui aurait gagnée à un peu plus de je ne sais quoi pour atteindre la perfection.

Le vieux chemin par Frank
L'auteur de Broussaille nous livre une bande dessinée champêtre et poétique, à laquelle je n'ai à vrai dire pas tout compris, mais le résultat est là : On ressent le lyrisme de l'auteur et on se laisse emporter. Encore un bel hommage.

Escale à Danang par Vink
Cette planche m'a fait sourire, mais manque d'une chute percutante. Le style de l'auteur ne se prête pas à dessiner du Spirou.

Le calamar géant !! de Dominique Bertail
Une BD assez sympa où l'auteur décide de remplacer les acolytes de Spirou par des héros du journal. Elle se laisse lire gentiment, même si Tamara réussit en à peine deux cases l'exploit d'être encore plus insupportable que dans sa BD d'origine. Costaud.

Les planches secrètes de Vincent Zabus
Bon, évidemment, contrairement à ce que l'auteur voudrait nous faire croire, ça n'a absolument rien de Franquin. Mais c'est je pense un formidable hommage qu'il nous propose, en revisitant l'album mythique, le QRN sur Bretzelburg plébiscité par l'immense majorité des fans de Spirou, et en évoquant les Idées Noires. Si le trait n'est évidemment pas aussi beau à voir qu'un Franquin, le résultat n'en est pas moins très intéressant à lire, et revoir le Dr Kilikil, même dessiné par un auteur random, est toujours une expérience en soi.

Duel éternel par Morvan et Munuera
Comme si de rien n'était, Morvan et Munuera reprennent l'arc scénaristique qu'ils avaient créé pour Spirou : Le duel Zorglub/Champignac pour conquérir la belle Flanner. Ils ont même l'audace de faire intervenir leur Spirou temporel. Comme d'habitude, j'adore le style de Munuera. Mais je ne peux tout de même que difficilement cautionner cette décision de reprendre le principe du honteux volume 50 qu'ils ont fait en compagnie de Yann, dont je ne peux franchement pas apprécier le travail sur la série des Spirou, même avec tous les efforts du monde.
Au final néanmoins ces quelques pages sont tout de même très agréables à lire.




Exercices de style
16 auteurs travaillent sur un même scénario et en font à peu près ce qu'ils veulent le temps d'un strip. On voit à l'oeuvre Darasse, dont je déteste toujours autant le style, Madaule, sur un gag assez amusant, Émile Bravo, sur un strip apocalyptique absurde, Jannin, qui signe un strip hilarant, Fournier, mon auteur préféré sur la série d'origine, qui n'a décidément plus le même style qu'autrefois mais fait toujours mouche. On y retrouve également Bédu, dont le style, agréable au demeurant, ne se prêterait pas à du Spirou régulier, Bervocivi, avec son style à lui aussi, mais avec un très bon gag, Ian Dairin, qui n'a pas réussi à me faire décrocher un sourire, Bruno Duhamel, génial auteur des Brigades du temps, qui nous offre un beau crossover, Bertschy, qui fait un bel hors-sujet en remplaçant Spirou par un goth. Enfin, Bannister, Pic Lelièvre, Jacques Louis, Laudec, Clarke et Étienne Lécroart s'essayent à l'exercice avec plus ou moins de réussite.

Suite 1938 par Fabrice Parme (qui a dessiné le très bon Panique en Atlantique)
Le style de Parme fait mouche. L'histoire est agréable. Rien de plus à dire, un travail impeccable sous tous rapports.

L'idole des jeunes de Mazaurette et Krassinsky (Sale Bête)
L'opposé de certaines autres BD que j'ai évoqué avant : La chute est à mourir de rire mais le reste ne suit pas vraiment. La bande dessinée Sale Bête des mêmes auteurs a beau être horriblement drôles, leur version de Spirou est tout simplement immonde à voir, et le voir manquer de se faire violer n'est pas exactement ce que j'imaginais pour son 75ème anniversaire. Ah et aussi Spip s'en prend plein la gueule. J'aime pas quand Spip s'en prend plein la gueule.

Spirou achète du pain de Rudy Spiessert
Le titre ne trompe pas : Ça envoie du lourd. Une BD de haute volée avec de l'aventure bien comme il faut, et en plus Spirou achète du pain.

Le repaire de la migraine de Bouzart
Je vous ai déjà dit que j'aimais pas quand Spip s'en prenait plein la gueule ? Bon. Ok. Mais en plus, là, le dessinateur a un style absolument immonde, je trouve. Du coup peu importe le scénario, je peux pas recommander cette histoire courte là.
Par contre une fois de plus la chute est hilarante au possible.

Dans l'antre du château par Tebo (Captain Biceps)
Bon. L'humour de Tebo n'est pas l'humour le plus fin du monde. Mais cette BD réussit son objectif. Il se passe un peu n'importe quoi, ça manque de bon goût, et la chute est un peu la meilleure chute de tout le magazine.

L'esprit d'aventure de Nob
Alors là, mes amis, alors là. Une BD de très haute volée. Il ne s'y passe pas grand chose, mais c'est justement ce qui fait son charme, ça et son style très doux, presque pastel.

Le temps d'un anniversaire de Man Arenas
Quand je vois cette BD, je n'ai qu'une seule chose à dire : "Ah, ok." Le texte est indigeste, et il a fallu que je me prépare d'abord mentalement, afin d'avoir la motivation de lire. Le style graphique n'est pas le meilleur du monde mais est sympa.  Et sur la fin l'auteur se lâche en faisant s'embrasser Spirou et Seccotine. Faudrait peut-être voir à arrêter avec ce couple, un de ces jours, auteurs de Spirou. Bref, peut mieux faire.
Ah et aussi, c'est quoi ce manteau en fourrure de merde que porte Spirou ? O_____O Le héros sans peur et sans reproche, qui emmène partout avec lui un écureuil, se mettrait à faire preuve de cruauté animale ? La honte ! Si l'auteur pensait à de la vraie fourrure pour donner un aspect riche au personnage, alors l'auteur est malade, il faut le faire enfermer au plus vite.

La galerie des Illustres avec André Juillard
Une interview, une illustration. Bien sûr, Spirou est présent sur l'illustration. Rien de plus à ajouter, c'est une rubrique classique et elle se présente comme dans n'importe quel autre journal de Spirou, sans vraiment se dire que c'est un temps d'anniversaire.

Spirou, pour vous servir de Trondheim et Piette
Une autre histoire courte de très bonne facture. Le scénario de Trondheim est succulent, le dessin suit. J'aurais plutôt aimé voir Trondheim le dessiner, après tout je sais qu'il a déjà fait tout un album de l'une de ses séries en mode "hommage à Spirou", mais bon, il nous honore quand même de sa présence et c'est bien. La chute est excellente.

Les héros par Sti et Cromheecke
On ramène Spirou et Fantasio faire les courses dans un supermarché de Champignac. Assez drôle. Le style graphique a beau ne pas se prêter à l'univers de Spirou, il colle suffisamment à l'histoire pour que l'on daigne s'y intéresser. Le résultat est drôle du début à la fin.

Les cavaliers de l'apocadispe de Libon
Une BD que l'on voit fréquemment arpenter les pages du journal. Pour rendre hommage à Spirou, l'un des personnages fait un stage en tant que groom. Comme toujours avec Libon, le résultat est purement excellent.

Spirou VS Spouri de Fred Neidhardt
À la base, Spouri est une parodie de Spirou. Une galerie de personnages volontairement moches, cons, chiants. Des racailles de cité en encore plus déglingos. En général, je suis plutôt mitigé quant à cette BD, mais là, on nous offre un crossover avec Spirou qui a réussi à me faire rire, alors pour cette fois, je suis content d'avoir lu du Spouri.

L'atelier Mastodonte
L'atelier Mastodonte est une BD faite par un groupe d'auteurs. En général, je l'aime bien. Pour les 75 ans de Spirou, les auteurs de la semaine, Guillaume Bianco et Alfred, nous donnent chacun une demie-planche assez amusante, il me faut le reconnaître.

Jeu Z comme Zorglub
Un jeu dont le style graphique s'inspire des jeux vidéo en 3D isométrique. Paradoxalement, il montre à l'oeuvre de Franquin un immense respect et est sincèrement agréable à la fois à lire et à regarder.

Abonnez-vous
Comme chaque semaine, une image pour encourager à s'abonner. Comme chaque semaine, un bon moment de rire.

Tash et Trash, Capitaine Anchois
Les deux strips qui concluent quasiment le magazine comme chaque semaine font chacun un crossover amusant avec Spirou. Voilà.

Tombe la neige de Yann et Schwartz
J'essaye d'être gentil. J'essaye. Mais pas moyen. Non seulement le style de Swartz ne me plaît pas, mais sur cette planche, le duo reprend toutes les raisons qui m'avaient fait haïr le Groom Vert de Gris. Une histoire peu intéressante, du mauvais humour nazi (sans mauvais jeu de mots et sans insultes, hein, ça ne m'amuse franchement pas de voir une BD se conclure sur un mec torturé par des nazis), et un peu d'argot Belge pour m'énerver encore plus. Un bien mauvais moment. Une bien mauvaise conclusion pour un magazine pourtant globalement si parfait.

Pour la peine je vais immédiatement vous parler de deux ouvrages Spirou que j'ai acquis récemment et qui m'ont littéralement permis d'avoir enfin tout lu de Spirou - excepté quatre ou cinq histoires courtes toujours introuvables à moins d'acheter des intégrales pour lesquelles je ne suis pas prêt de payer 30 euros pour 5 pages d'inédit. Les plus grands amateurs du groom l'auront probablement compris, j'ai profité du début de l'année 2013 pour acquérir la très récemment publiée intégrale des travaux de Rob-Vel, et j'ai enchaîné sur le fac-similé (très dur à trouver actuellement, vous pouvez me croire sur parole) de Spirou et l'aventure, le tout premier album de Spirou jamais publié, qui n'a pas l'honneur d'être inclus dans la série telle qu'elle se présente en magasins.

Concernant l'intégrale Rob-Vel, c'est juste... Fascinant. Ces travaux, publiés globalement entre la fin des années 30 et le début des années 40, représentent la naissance du personnage et ses premières aventures qui, il faut bien l'avouer, ne faisaient pas toujours grand sens. Bien sûr, en les lisant attentivement, on distingue une trame, mais elle est très fine, car contrairement à Tintin, le Spirou des origines vivait des aventures en feuilleton. Et en à peine deux cases, on le voit quitter des personnages qu'il a côtoyé pendant assez longtemps et passer purement et simplement à autre chose, le plus souvent par accident.
Ce Spirou des origines est aussi assez burlesque, avec des scénarios franchement improbables. Imaginez qu'accompagnant un milliardaire qui est dans l'obligation de dilapider chaque mois une certaine somme, il se retrouve finalement dans l'antre inspirée Égypte ancienne d'un méchant complètement timbré doué d'un pouvoir hypnotique, et soudain un monstre attaque !
Voilà, c'est ce type de situation que le Spirou des origines devait gérer. Enfin, après sa période groom. Car à l'origine, c'était bien un garçon d'ascenseur et de valises. Le but était principalement de lui donner un accoutrement reconnaissable, et il faut admettre que c'est plutôt réussi : Voilà 75 ans que le personnage existe !

Je ne recommanderais pas cet ouvrage à quelqu'un qui découvre seulement Spirou, sauf s'il y a volonté de tout lire dans l'ordre, ce que je peux respecter. Mais ce Spirou des années 30 est encore très brouillon. Le style graphique n'en démérite pas moins (une case en particulier me scotche à la page où elle se trouve), mais bon, un peu comme Tintin à la même époque, Spirou avait besoin de trouver ses marques. Ce n'était pas dû aux personnages, mais bien à l'époque. On ne s'était pas encore dit qu'organiser les bulles pouvaient être une bonne chose, et donc, parfois, il arrive que la réponse à une question se trouve directement à sa gauche. Le trait, sans être particulièrement maladroit, n'est évidemment plus "beau" si l'on définit la beauté par rapport aux standards actuels, ou même par rapport aux standards des décennies qui ont suivi.
Il reste des aventures chargées d'Histoire, d'un passé bien existant. Et c'est tout simplement fascinant.

Spirou et l'aventure, donc, est le seul et unique album sorti par Jijé. Jijé, le successeur de Rob-Vel, qui cèdera plus tard sa place à Franquin. Quelques unes des histoires de Jijé peuvent d'ailleurs être lues dans la série principale de Spirou. Je pense bien entendu à Fantasio et le Fantôme, mais aussi aux deux histoires que Jijé a réalisé durant la période Franquin, et que l'on peut lire dans le volume 3, "Les Chapeaux Noirs".

L'édition originale est vendue à plus de 1000 euros. Heureusement qu'il existe un fac-similé.

Dans Spirou et l'aventure, le modèle du feuilleton est encore très présent. Néanmoins, c'est par un scénario beaucoup plus présent que ce Spirou parvient à s'imposer. Fantasio s'invite sans crier gare, sans introduction préalable. D'après le feuillet vendu avec l'ouvrage, Fantasio était à l'origine un personnage utilisé par le journal pour présenter des rubriques. Sa présence dans la bande dessinée est principalement due à sa présence dans le journal. Bien.
Spirou et l'aventure, la première histoire publiée, envoie Spirou faire une sorte de voyage dans le temps. C'est surtout la vision du futur qui est intéressante, mais les passages dans le passé sont eux aussi assez cocasses, même si évidemment on ne s'éloigne jamais d'époques clichés que tous les amateurs d'histoires de voyages dans le temps ont déjà utilisé - Mais le but n'était pas non plus de fouiller plus loin que les standards, donc ça ne pose pas problème.
Il y a ensuite l'enlèvement de Spip, sympathique à lire au demeurant, suivi de Fantasio et le fantôme (que je mentionnais plus tôt), puis une histoire avec un pilote d'avion, qui, elle, part complètement dans le n'importe quoi le plus total.

Ce que je n'ai pas aimé dans cette réédition, c'est que les personnes qui s'en sont chargées ont trouvé judicieux de supprimer les bandeaux titres pour alléger la présentation. Bien sûr, ça peut se comprendre, mais du coup il y a pas mal de blancs assez disgrâcieux.

Cela dit, en tant que seule édition abordable à l'heure actuelle des travaux de Jijé (Y a bien des intégrales, mais je ne souhaite pas payer pour TOUS les travaux de Jijé, alors que je sais pertinemment que je ne lirai jamais un seul de ses travaux hors Spirou), Spirou et l'aventure est un investissement que je ne regrette pas d'avoir fait.

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